Histoire du bouyon : le genre que la Dominique a offert aux Caraïbes

Le bouyon est né à Roseau, en Dominique, à la fin des années 1980. En moins d'une génération, il est devenu la bande-son des carnavals de Guadeloupe et de Martinique, puis un son que la France entière danse.

Avant le bouyon : le jing ping et la cadence-lypso

La Dominique a une culture musicale propre, enracinée dans ses traditions créoles. Le jing ping est sa musique de danse traditionnelle : un accordéon mène la mélodie, accompagné de tambours comme le lapo kabwit, d'un boom-boom et d'une flûte en bambou. Dans les années 1970, des groupes dominicains comme Exile One et les Grammacks portent la cadence-lypso dans toutes les Caraïbes : une cadence dansante, une guitare rythmique agressive et des textes en créole qui racontent la vie de l'île.

Quand le zouk martiniquais et guadeloupéen domine les ondes dans les années 1980, les musiciens dominicains cherchent un son à eux, moderne, qui garde l'âme de leurs traditions. La réponse sera le bouyon.

1988 : WCK crée le bouyon

En 1988, le groupe Windward Caribbean Kulture, WCK, se forme à Roseau. Ses musiciens expérimentent une fusion : la cadence-lypso rencontre le jing ping, les rythmes de tambours traditionnels comme le lapo kabwit et les éléments de danses anciennes, le bèlè, le kwadril, le chanté mas et la mazurka. Là où la cadence misait sur les instruments acoustiques, WCK mise sur la technologie : claviers au premier plan, motifs rythmiques synthétiques, tempo rapide et énergie de carnaval.

Le nom dit tout : en créole antillais, bouyon désigne une soupe, un gumbo. Tout se mélange, rien ne se perd. Aux côtés de WCK, Roots, Stems and Branches (RSB) et First Serenade font partie des groupes originels du genre.

Les années 1990 : le son du carnaval dominicain

Dans les années 1990, le bouyon domine la scène musicale en Dominique. Il devient la musique du carnaval de Roseau, le Mas Domnik, et des fêtes de village. Les voix évoluent : au chant classique s'ajoute un style plus parlé, influencé par le dancehall et le ragga jamaïcains, qui donnera des branches comme le bouyon-muffin et le reketeng. La langue du bouyon est un mélange d'anglais et de créole dominicain, direct, festif, parfois chargé de commentaire social.

Le jump up : le bouyon traverse en Guadeloupe et en Martinique

La Dominique partage la langue créole avec la Guadeloupe et la Martinique. Le bouyon traverse donc naturellement la mer. Dans les Antilles françaises, il prend le nom de jump up et devient incontournable dans les fêtes et les carnavals. Les collaborations entre musiciens dominicains et guadeloupéens donnent naissance au bouyon gwada, la branche hardcore du genre. De son côté, la fusion avec la soca de Trinidad produit le bouyon soca, populaire aussi à Sainte-Lucie et à Antigua.

Aujourd'hui : le bouyon en France et dans le monde

Le bouyon vit désormais une deuxième vie en France métropolitaine et sur les réseaux : des producteurs antillais en font des riddims taillés pour le club et pour la danse en vidéo, sous des noms comme shatta bouyon. Des titres bouyon décrochent des certifications en France et le genre alimente les playlists de Gwada, de Martinique, de Guyane et de Paris.

Cette réussite pose une question simple, au coeur du travail de Bouyon Shattaz : le bouyon est né en Dominique, et c'est la Dominique qui doit rester au centre de son histoire, de ses crédits et de son économie. C'est pour cela que ce site existe : raconter le bouyon en français, sans jamais effacer son origine.

Suite : les artistes bouyon à connaître - Écouter la playlist bouyon

Sources : Wikipédia, Bouyon (musique) ; Wikipedia, Bouyon music ; Wikipedia, Music of Dominica.