Major Lazer : le dancehall mondial, voisin du bouyon, jamais bouyon lui-même

Publié le 20 octobre 2026

Major Lazer est un groupe américain de musique électronique formé à Los Angeles en 2008 par Diplo et Switch, devenu ensuite le trio de Diplo, Walshy Fire et Ape Drums, rejoint en 2025 par la chanteuse America Foster. Ce profil le dit dès la première ligne : Major Lazer n’est pas un artiste bouyon et aucun enregistrement bouyon vérifié du groupe n’a été retrouvé pendant cette recherche. Sa place sur ce site est celle d’un voisin majeur : un projet bâti sur le dancehall jamaïcain, nourri de soca de Trinidad et Tobago, qui a porté les sons de carnaval caribéen sur les plus grandes scènes pop du monde, jusqu’au remix de « Differentology » de Bunji Garlin.

Qui est Major Lazer : un projet, trois époques, un personnage de bande dessinée

Major Lazer commence comme un duo. Diplo, producteur américain, et Switch, producteur britannique, se rencontrent en travaillant avec la chanteuse M.I.A., puis fondent le projet en 2008. Le nom vient d’un personnage fictif, un héros d’action jamaïcain inventé pour le projet, et le premier album, « Guns Don’t Kill People... Lazers Do », sort le 16 juin 2009 sur Downtown Records. Il est enregistré en Jamaïque, aux studios Tuff Gong, un choix qui dit déjà la méthode : partir du dancehall, pas l’imiter de loin.

La deuxième époque commence en 2011. Switch quitte le projet et deux recrues changent son centre de gravité : Jillionaire, DJ de Trinidad et Tobago, et Walshy Fire, MC et producteur né à Kingston, en Jamaïque, et grandi en Floride, cofondateur du sound system Black Chiney à Miami. Les notices du groupe soulignent que leur arrivée consolide l’influence caribéenne du projet. Jillionaire apporte en particulier les rythmes de la soca, qu’il connaît de l’intérieur, comme le montrent ses mixtapes de carnaval publiées au début des années 2010.

La troisième époque s’ouvre en juin 2019, quand Jillionaire quitte le groupe pour ses projets solo et qu’Ape Drums le remplace. Le trio Diplo, Walshy Fire et Ape Drums publie « Music Is the Weapon » en 2020, puis l’album « Piano Republik » en 2023 avec les Sud-Africains Major League DJz, du côté de l’amapiano. En 2025, la chanteuse britannico-jamaïcaine America Foster devient membre officiel, et le groupe publie la mixtape « GYALGEBRA ». Le projet a donc traversé trois formations sans changer de boussole : le dancefloor caribéen, élargi au monde entier.

Les albums studio forment la colonne vertébrale du dossier : « Guns Don’t Kill People... Lazers Do » en 2009, « Free the Universe » en 2013, « Peace Is the Mission » en 2015 et « Music Is the Weapon » en 2020. Autour gravitent des EP documentés, dont « Apocalypse Soon » en 2014, avec Pharrell Williams et Sean Paul, et « Know No Better » en 2017, avec Camila Cabello, Travis Scott, Quavo et J Balvin. Le groupe a aussi produit « Reincarnated », l’album reggae de Snoop Dogg sous son nom Snoop Lion. En mars 2018, Billboard le classe cinquième de son classement Dance 100 des musiciens dance.

Le dancehall d’abord : Tuff Gong, Vybz Kartel et « Pon De Floor »

Le premier album est une déclaration d’intention dancehall. La liste des voix invitées ressemble à un état des lieux de Kingston à la fin des années 2000 : Vybz Kartel, Busy Signal, Mr. Vegas, Turbulence, Ward 21, T.O.K et Leftside, aux côtés de Santigold, Nina Sky, Amanda Blank et M.I.A. Le communiqué de presse du groupe, publié par Sacks & Co., décrit Diplo et Switch comme parmi les premiers à avoir amené les sons dance et pop de la Caraïbe dans le grand public américain, en les combinant avec d’autres influences mondiales.

Le titre qui résume cette époque est « Pon De Floor », avec la voix de Vybz Kartel. Sa rythmique a servi de base à « Run the World (Girls) » de Beyoncé, produite avec la participation de Switch, et le titre reste, selon le même communiqué, un classique des dancefloors. Ce trajet dit beaucoup de la position de Major Lazer dans l’industrie : un groupe capable de prendre un riddim pensé pour le dancehall et de le faire entrer, par la porte de la production, au centre de la pop américaine.

« Hold The Line », premier single de l’album, et la vidéo de « Pon De Floor », réalisée par Eric Wareheim, installent aussi l’univers visuel du projet : couleurs saturées, humour absurde, références aux clips dancehall et aux dessins animés du samedi matin. En juin 2009, le groupe fait sa première couverture du magazine The Fader. L’EP « Lazers Never Die » suit en 2010, avec des remixes dont un signé Thom Yorke. Le dancehall reste la matière première, mais l’emballage est déjà celui d’un produit pop mondial.

Pour un lecteur de ce site, la comparaison utile est celle des méthodes. Le bouyon de la Dominique est né dans les groupes live de Roseau, autour de WCK, avant de passer aux producteurs de studio. Major Lazer fait le chemin inverse : un projet de studio, pensé par des producteurs et des DJ, qui recrute des voix caribéennes titre par titre. Les deux histoires se croisent sur le dancefloor, mais elles ne partagent ni le même lieu de naissance, ni la même économie, ni le même public de départ. Ce profil garde cette distinction nette, du début à la fin.

La soca dans le sang du projet : Jillionaire, Trinidad et le carnaval

Si le dancehall est la fondation, la soca est le deuxième pilier, et il a un nom : Jillionaire, de son vrai nom Christopher Leacock, né à Trinidad et Tobago. Les notices le créditent d’un mélange d’indie dance et de house avec les rythmes caribéens du dancehall et de la soca. En 2013, pendant le carnaval de Trinidad, il publie pour LargeUp la mixtape « Fog Up D Place », une sélection de soca de la saison, de Kes à Bunji Garlin, qui montre un membre de Major Lazer travaillant la soca comme un DJ de Port of Spain, pas comme un touriste.

La soca entre aussi dans le catalogue du groupe par ses collaborations. « Sound Bang », avec Machel Montano, est classé par LargeUp parmi les meilleurs singles soca de 2014, décrit comme la rencontre du calypso et de l’EDM, avec l’énergie commune des fêtes de carnaval et des festivals électroniques. Montano, la plus grande star de la soca moderne, revient ensuite sur le remix de « All My Love », avec Ariana Grande, titre de clôture de « Peace Is the Mission » en 2015. La soca n’est donc pas un décor chez Major Lazer : elle est incarnée par des artistes qui la portent chez eux.

En 2017, l’EP « Know No Better » contient « Front of the Line », avec Machel Montano et le Jamaïcain Konshens, créé pour la campagne Sound of Rum de Bacardi. Le titre parle lui-même de sa double appartenance, entre le son du dancehall et celui de la soca. Trois ans plus tard, en février 2020, le groupe publie par surprise l’EP « Soca Storm » : trois titres, « Soca Storm », « Wet It Up » et « King of the Party », avec Mr. Killa, artiste soca de la Grenade, sur deux titres, et Zeek sur « Wet It Up ». Un groupe pop mondial qui nomme un EP entier d’après la soca dit clairement où il puise.

C’est ici que le lien avec ce site devient précis. La soca est l’un des deux parents du bouyon soca, la fusion lancée en Dominique par le producteur Dada en 2003, selon le témoignage signé de Sean « Smokiller » Francis publié sur ce site, puis popularisée par Triple Kay. Major Lazer travaille la soca depuis Los Angeles et Miami, avec des stars de Trinidad. Dada travaille la même soca depuis Roseau, branchée sur la machine rythmique du bouyon dominicain. Même ingrédient, deux cuisines : confondre les deux serait une erreur de géographie et de crédit.

Le remix de « Differentology » : le point de contact le plus documenté avec le carnaval

Le fait caribéen le plus documenté du dossier Major Lazer tient en un remix. « Differentology (Ready for the Road) », de Bunji Garlin, sort le 7 novembre 2012 chez Sheriff Music, écrit par Garlin et produit par Keron « Sheriff » Thomson, comme l’un des premiers titres de la saison du carnaval 2013 de Trinidad et Tobago. Le titre devient l’hymne de la saison, puis dépasse largement l’île : il est repris dans un épisode de la série Grey’s Anatomy, joué dans les salles de la NBA, et vaut à Garlin le prix de la meilleure performance internationale aux Soul Train Awards 2013, selon VP Records.

Major Lazer remixe le titre, et ce remix circule dans son EP gratuit de la série Lazers Never Die, puis comme titre à part entière sur l’album « Differentology » de Garlin chez VP et RCA, dans une version de cinq minutes. VP Records raconte que le titre a attiré l’attention du groupe, qui a sauté sur le remix. Pour la soca, l’effet est concret : le remix d’un groupe au sommet de l’EDM mondiale met un hymne de carnaval de Port of Spain dans les sets des DJ de festival du monde entier, sans changer ni sa voix, ni son auteur, ni son île.

Ce remix compte aussi pour l’histoire racontée par ce site, parce que Bunji Garlin est un passeur entre les mondes. Le même Garlin chante « Forward » sur le Smoke Riddim du producteur dominicain Dada, le riddim hybride qui mélange soca et bouyon de la Dominique. D’un côté, un remix mondial signé Major Lazer ; de l’autre, une production bouyon soca venue de Roseau. Le chanteur est le même, la fonction est la même : porter la soca plus loin que son île. Mais les deux productions ne se valent pas en crédit d’origine, et ce profil ne les mélange pas.

Après « Differentology », les routes continuent de se croiser sans se confondre. Garlin collabore avec Jack Ü, le duo de Diplo et Skrillex, sur « Jungle Bae ». Major Lazer, lui, continue de recruter dans le bassin caribéen : Busy Signal sur « Watch Out for This (Bumaye) » et plus tard sur « Sun Comes Up », avec Joeboy, Sean Paul sur l’EP « Apocalypse Soon », Shenseea sur « Tiny », Skip Marley sur « Can’t Take It From Me », et Kranium sur un titre de l’édition Extended de « Peace Is the Mission ». La Caraïbe anglophone est, de bout en bout, la première réserve de voix du groupe.

« Lean On », « Light It Up », « Cold Water » : la machine à tubes mondiaux

Le sommet commercial arrive avec le troisième album. « Lean On », collaboration avec le producteur français DJ Snake et la chanteuse danoise MØ, sort le 2 mars 2015 comme premier single de « Peace Is the Mission », publié le 1er juin 2015. Le titre atteint la quatrième place du Billboard Hot 100 américain et la deuxième place au Royaume-Uni. En novembre 2015, il est annoncé comme le titre le plus écouté de l’histoire de Spotify à ce moment-là. Son clip, tourné en Inde et inspiré par une tournée du groupe dans le pays, dépasse ensuite les deux milliards de vues sur YouTube.

Le même album contient « Light It Up », avec la chanteuse jamaïcaine Nyla, dont la version remixée avec Fuse ODG devient un tube mondial à son tour, et « Powerful », avec Ellie Goulding et le chanteur jamaïcain Tarrus Riley. L’album atteint la douzième place du Billboard 200. La recette est lisible : une production électronique courte et mémorable, une voix pop au refrain, et une couleur caribéenne portée par les invités. C’est cette recette, héritée du dancehall et de la soca, qui fait de Major Lazer un groupe de stades sans renier la matière des îles.

En 2016, « Cold Water », avec Justin Bieber et MØ, débute à la deuxième place du Billboard Hot 100 et à la première place au Royaume-Uni. Suivent « Run Up », avec PartyNextDoor et Nicki Minaj, en 2017, le titre « Know No Better », avec Camila Cabello, Travis Scott et Quavo, et « Sua Cara », avec les Brésiliennes Anitta et Pabllo Vittar, qui ouvre le groupe au public brésilien. En 2019, « Que Calor », avec J Balvin et El Alfa, fait de même du côté du reggaeton et du dembow dominicain de Saint-Domingue, à ne pas confondre avec la Dominique du bouyon.

« Music Is the Weapon », en 2020, déploie la méthode sur cinq langues, selon le communiqué du groupe : Nicki Minaj et K4mo sur « Oh My Gawd », Alessia Cara, Marcus Mumford, Paloma Mami, French Montana, Busy Signal et Shenseea ailleurs sur l’album. Son édition Reloaded est nommée aux Grammy Awards, et « Rave de Favela », avec MC Lan, Anitta et Beam, est nommé aux Latin Grammy Awards, selon la notice du groupe chez Qobuz. En 2023, « Piano Republik » branche le projet sur l’amapiano sud-africain. La constante, depuis 2009, est la même : repérer le son de fête qui monte quelque part dans le monde, et l’amplifier avec des voix du lieu.

La place exacte de Major Lazer face au bouyon : voisin, amplificateur, pas origine

Ce profil se termine par la question que les autres profils du groupe ne posent pas : qu’est-ce que Major Lazer a à voir avec le bouyon ? La réponse honnête tient en trois points. D’abord, aucun enregistrement bouyon vérifié de Major Lazer n’a été retrouvé pendant la recherche de cette page : pas de titre bouyon au catalogue, pas de collaboration documentée avec un groupe bouyon de la Dominique, pas de passage documenté par Roseau. Le groupe ne figure donc pas ici comme un artiste bouyon, et son schéma le classe comme un groupe de dancehall et de soca crossover.

Ensuite, le lien indirect est réel et il passe par la soca. Le bouyon soca, né en Dominique en 2003 selon le témoignage signé publié sur ce site, fusionne le bouyon dominicain et la soca de Trinidad et Tobago. Major Lazer a passé une décennie à porter cette même soca devant les publics EDM et pop du monde entier, avec Machel Montano, Mr. Killa et le remix de Bunji Garlin. Un auditeur qui découvre la soca par « Front of the Line » peut ensuite arriver au bouyon soca, puis au bouyon lui-même. C’est un chemin d’écoute documenté sur notre playlist bouyon, pas une filiation inventée.

Enfin, le contraste est instructif. Major Lazer montre ce qu’une machine pop mondiale peut faire pour un son de carnaval : des milliards d’écoutes, des stades, des remixes officiels. Le bouyon, lui, est né en Dominique, a grandi avec des moyens minuscules en comparaison, et se bat encore pour que son crédit d’origine soit reconnu, comme le raconte notre page d’histoire du bouyon. Mettre les deux histoires sur le même site, sans les confondre, est exactement le travail de ce profil : donner à Major Lazer sa taille réelle, mondiale, et au bouyon la sienne, dominicaine.

Pour écouter Major Lazer en connaissant la carte : commencez par « Pon De Floor » pour le dancehall des débuts, « Differentology » dans sa version remixée pour le carnaval de Trinidad, « Sound Bang » et « Front of the Line » pour la soca assumée, puis « Lean On », « Light It Up » et « Cold Water » pour la pop mondiale. Revenez ensuite au bouyon soca de Dada et au bouyon de WCK : vous entendrez deux réponses différentes, l’une de Los Angeles et l’autre de Roseau, à la même question de fête caribéenne.

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Questions fréquentes

Major Lazer est-il un artiste bouyon ?

Non. Major Lazer est un groupe américain de musique électronique bâti sur le dancehall, la soca, le reggae et le reggaeton. Aucun enregistrement bouyon vérifié du groupe n’a été retrouvé pendant la recherche de ce profil. Sa présence sur ce site tient à ses liens documentés avec la soca et le dancehall, les deux mondes voisins du bouyon, et non à une origine bouyon.

Qui sont les membres de Major Lazer ?

Le groupe a été fondé en 2008 par Diplo et Switch. Switch est parti en 2011, remplacé par Jillionaire et Walshy Fire. Jillionaire est parti en juin 2019, remplacé par Ape Drums. La formation Diplo, Walshy Fire et Ape Drums est rejointe en 2025 par la chanteuse America Foster comme membre officiel.

Quel est le lien entre Major Lazer et Bunji Garlin ?

Major Lazer a remixé « Differentology (Ready for the Road) », l’hymne du carnaval 2013 de Bunji Garlin, chanteur soca de Trinidad et Tobago. Le remix a circulé dans la série Lazers Never Die du groupe, puis sur l’album « Differentology » de Garlin chez VP et RCA. Garlin chante aussi « Forward » sur le Smoke Riddim bouyon soca du producteur dominicain Dada.

Quels sont les plus grands titres de Major Lazer ?

Les titres les plus documentés sont « Pon De Floor » (2009), « Get Free » (2013), « Watch Out for This (Bumaye) » (2013), « Lean On » avec DJ Snake et MØ (2015), annoncé comme le titre le plus écouté de Spotify à son époque, « Light It Up » avec Nyla (2015), « Cold Water » avec Justin Bieber et MØ (2016), « Run Up » (2017), « Know No Better » (2017) et « Que Calor » (2019).

Major Lazer a-t-il fait de la soca ?

Oui, de manière documentée et répétée. Le Trinidadien Jillionaire, membre du groupe de 2011 à 2019, vient de la soca. Le groupe a enregistré « Sound Bang » avec Machel Montano (2014), « Front of the Line » avec Machel Montano et Konshens (2017), et l’EP « Soca Storm » (2020) avec Mr. Killa et Zeek. Les notices du groupe classent la soca parmi ses genres.

Où écouter Major Lazer après le bouyon, et le bouyon après Major Lazer ?

Écoutez « Soca Storm » et le remix de « Differentology » pour le versant carnaval du groupe, puis notre page bouyon soca pour la fusion née en Dominique en 2003, et notre playlist bouyon pour le son de Roseau lui-même, de WCK aux nouveautés dominicaines.

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